Détails du récit

Titre

Dialogue 008

Corps

[ Elle (?prenom) ne dormait pas. Elle demande comment cela s'est-il passé. En gros, je réponds que je ne me rends pas vraiment compte. Je ne comprends pas ce qui est en jeu, Je ne comprends pas où ce pseudo journaliste X veut en venir. Il ne pose pratiquement pas de questions. Il me laisse raconter des bouts de souvenirs mal foutus et parfois même un peu douteux. Je ne vois pas l'intérêt ni pour lui, ni pour moi. Sagement, elle ne relance pas la conversation. Elle ferme les yeux et m'attrape la main. La nuit a encore quelques heures à tuer. Je vois son grand couteau scintiller sous la lune, alors je me recroqueville et m'endors sans rêver.] Rue Marbeuf, dans un bureau assez kitch (mais c'était les années 80) de chez Trema. J'étais arrivé bien en avance dans ses locaux assez communs. Je m'attendais à un peu plus de bourgeoiseries, un peu plus clinquant. J'étais presque nez à nez avec une assistante de production, détachée auprès de notre nouvel agent. "Vous voulez un café ?" Non, merci. "Vous êtes membre du groupe, je suppose ?" C'était gentil d'essayer de briser le silence de l'attente. Mais, de mon côté, après plusieurs de rumination, j'avais bricolé un plan que j'étais bien décidé à appliquer strictement : laisser venir, ne rien proposer, écouter et, au pire, répondre aux questions par d'autres questions. Pas plus. Depuis deux semaines, il n'y avait eu aucun échange entre nous. Pas un coup de fil, même de la part de Schin ou Pascal. Ce silence ne pouvait que m'intriguer, que me pousser à la parano. En conséquence, j'avais mis les barbelés et relevé le pont-levis. Cette attente me permettait de faire un dernier point, une dernière inspection des troupes. Finalement, ils sont entrés dans la pièce, tous ensemble comme une équipe sur un terrain de basketball. L'assistant de production, soulagée, bondit presque comme une pompom girl. Mécaniquement, je me suis levé et c'est notre 'nouvel agent' qui fut le premier fondre sur moi. "Ca va ?" Il fit son chemin vers son fauteuil, derrière son bureau assez peu encombré et alluma une cigarette sans en proposer. Les autres furent bien obligés de venir me serrer la main mais nos regards étaient fuyants. Ca sentait mauvais. Le boss à la cigarette se lança dans un monologue assez court. J'étais en mode 'veille'. Je ne l'ai pas écouté. Je pensais aux autres sans qu'une seule pensée un tant soit peu organisée, utile ne me vienne à l'esprit. Du brouillard. Du coton. "Donc, la seule option, c'est de signer immédiatement ? aujourd'hui?" C'était Thierry qui avait pris la parole. "Signer quoi ?" Thierry : "J'le crois pas! Tu n'as rien écouté de ce qui vient d'être dit ?!" Il avait raison. L'agent reprit la parole et résuma : oui, il fallait signer au plus vite pour ne pas tomber dans des problèmes bloquants pour les concerts déjà signés, les engagements pris sous l'ancienne organisation. Il fallait actualiser les contrats. De la paperasserie. Rien que de la paperasserie, en somme.

Date de création

11 mai 2026